dimanche 6 mai 2012

C’est ma prière


Saint-Louis du Sénégal a l’authenticité déglinguée des vieilles gloires coloniales. Les murs craquelés, les couleurs chaudes, la déconfiture après la splendeur.

Alors que nous traversons une frange du continent qui peine à construire, à entrer dans l’avenir, à se projeter, Saint-Louis pourtant se développe, et s’écroule concomitamment. Paradoxe ?

D’un côté, ces vieilles pierres qui embellissent au fil de leur effritement, ces bâtisses rongées par les vents marins qui font le charme de Saint-Louis mais qui finiront poussière. De l’autre, les mosquées qui poussent, le muezzin, la prière à toute heure et dans toutes les positions, les photos interdites : car c’est aussi la ville du Sénégal où les quatre-vingt-quinze pour cent de musulmans qui composent la population ont la visibilité la plus grande. Ici on prie partout, au bord des routes, entre deux commandes au restaurant, par terre derrière la réception de l’hôtel, tout le temps. Enfin, dès qu’on arrête d’essayer de vendre des babioles et autres balades en calèche aux touristes, deuxième sport régional.

Car Saint-Louis, presque insulaire, ne donne que ce qu’elle veut, et à qui elle veut. C’est-à-dire, en ce qui nous concerne, pas grand-chose. Car ici, on ne communique avec « les blancs » que pour leur vendre quelque chose, et on ne se laisse pas photographier – « car c’est contre la religion, car ça nous vole notre âme » – à moins que l’on ne veuille vous vendre quelque chose ou que l’on vous demande de l’argent pour cela, ce qui semble-t-il éradique toute réticence à se faire immortaliser.

Les francs CFA, dans la religion musulmane, permettent vraisemblablement de racheter son âme.

C’est peut-être aussi cela, l’authenticité bancale de Saint-Louis ( qui comme chacun sait rendait la justice comme un gland, mais sous un chêne ) : pleine de contradictions, de contrastes, de contredanses. Bref une authenticité qu’il nous faut voler, à défaut de nous résoudre à l’acheter.

Photos volées: